Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog de réflexions personnelles&politiques.

Publicité
18 juin 2016

Court réflexion sur l'euro de foot et son traitement en milieu militant (à ma perception)

Hep hep hep. En ces temps de médiatisation et d'engouement très populaire - teinté d'un nationalisme exacerbé - autour de l'Euro 2016 de football, ce serait bien de ne pas taper sur le foot en tant que sport - et aussi par extension sur celles et ceux qui aiment ce sport et/ou le pratiquent. Mais aussi contextualiser quand on parle de football car il s'inscrit dans des thématiques multiples. Le mépris envers ce sport et/ou celles/ceux qui aiment et pratiquent ce sport tel que j'ai pu le lire dans les nombreux comms d'exaspération hors et dans nos milieux m'est difficile à lire. Les violences en marge de rencontres de foot n'ont pas a être assimilés au sport en lui-même, mais a d'autres facteurs annexes (conflit géo-politiques entre supporters de pays différents, culture d'une violence viriliste autour de ce sport, création de sous-cultures nationalistes, xénophobes autour du football, etc, etc). Perso je considère le football comme un sport, mais aussi comme la genèse de multiples sous-cultures, foot qui est un sport originairement et principalement pratiqué par les populations des milieux populaires, c'est une réalité dont on ne peut pas ignorer ou minimiser l'importance dans nos luttes d'ailleurs. Et un mépris envers un sport et une culture issus de milieux d'où on vient et/ou qu'on porte politiquement dans nos luttes m'interroge. Il y a très largement de quoi critiquer autour du football, a commencer par l'industrie capitaliste du football et même lutter politiquement contre, ou encore le football institutionnel très normatif - et donc oppressif car véhiculant nombre d'oppressions, les organisations transnationales de football qui ne sont pas déconnectés de la division néocoloniale des pays Nord/Sud, etc, mais je ne comprends pas pourquoi tant de mépris envers ce sport et ses pratiquants et le manque criant de contextualisation quand on parle de certains problématiques autour de ce sport (les violences de certains de ses supporters par ex qu'on croit a lire bien des commentaires, inhérent au football). Perso, il s'avère que j'aime le football en tant que sport, j'aime le regarder quand j'en ai l'occasion - bien qu'ils soient rares, j'ai personnellement été dans une culture familiale du football parce-que mon petit frère maintenant adulte, a longtemps pratiqué et été fervent adepte du football, et on regardait souvent les matches importants de divers compétitions à la maison. Il a dû me transmettre le truc, ce qui n'a pas été le cas avec toute la famille, je précise, et c'est bien parce-que je porte ce sport dans mon coeur et que politiquement c'est un contresens de mépriser ce sport et ses pratiquants - et je ne dis pas là qu'on doit forcément aimer ce sport, qu'on s'entende bien. Juste que ce mépris quand je lis les comms exaspérant envers ce sport et qui du coup amènent à reproduire des schémas oppressifs, sans contextualisation (élitisme, classisme notamment pour ceux que j'ai pu lire) me gavent.

Publicité
18 juin 2016

Féminisme et abolitionnisme carcéral

Bon, je dois admettre que l'affaire du viol immonde du mec blanc de l'université de Stanford aux États-Unis est typiquement le genre de sujet qui écartele mon féminisme et mon fervent abolitionniste carcéral. Je suis évidemment écœurée par le traitement judiciaire de cette affaire qui éclaire d'une lumière éblouissante la prégnance de la culture du viol et du privilège blanc et de classe sociale aux États-Unis, le tout, facilement transposable en France bien sûr. Et je suis tout aussi écœurée que les discours féministes de tout milieux que je lis ne vont que dans le sens d'une surpénalisation des peines de prison contre ces individus, alors qu'on sait très bien que l'appareil carcéral et judiciaire telle que conçue actuellement dans bien des pays développés est une violence sans nom et reproduit allègrement beaucoup de violences qu'on combat, justement. Je suis persuadée que même si les peines pour violences sexuelles étaient exemplaires, la culture du viol perdurerait dans nos contrées du Nord, et dire ça ce n'est pas occulter pour ma part que les peines de prison dérisoires prononcés pour les crimes sexuels en comparaisons à d'autres crimes/délits, participent d'une certaine manière à la culture du viol via la validation d'une impunité judiciaire face à ces crimes. Mais exprimer ces idées là, c'est risquer jugement et colère de bien des féministes, y compris dans les milieux féministes où j'évolue, et la colère de victimes de violences sexuels et autres violences patriarcales, d'où mon silence à ce sujet. C'est penser que je n'ai pas d'empathie pour les victimes de violences sexuelles, ce qui me ferait très mal a entendre. C'est penser que je prends la voie de la facilité, alors que la facilité c'est soutenir un système déjà présent, pas penser un système qui n'existe pas encore. Je passe beaucoup de temps a faire des entorses au cerveau à savoir comment articuler mon féminisme, mes luttes pour les justices sociales et mon abolitionnisme carcéral, a savoir comment penser un système judiciaire juste pour tout le monde, qui répare et protège les victimes et qui n'est pas une violence non avenue pour les auteur-ices de ces crimes ? Mon abolitionnisme carcéral n'est pas tant né d'une empathie pour les personnes qui commettent des crimes en tout genre que de ma prise de conscience de la violence du système carcéral, de l'articulation évidente du triptyque prison-justice/violence de classe/violence de race, et du sort de mon petit frère incarcéré, aussi, ça m'a poussé a considérer plus sérieusement cette question, bien que dans le passé, mes opinions politiques étaient déjà plutôt anti-carcerales. Je dénonce la violence du milieu carcéral, l'aberration de tout un système judiciaire et carcéral principalement punitive et non réparatrice envers les victimes, ainsi que toutes les violences systémiques que ces systèmes font et entretiennent. Le seul bénéfice de l'éloignement d'un individu pour moi c'est évidemment l'éloignement physique des individus a risques afin d'éviter toute risque de récidive, autant sur la/les victimes de crimes et délits sexuels - ou non sexuels, que sur la/le/les potentielles victimes. Et dans ce sens, je ne suis absolument pas contre l'idée d'éloignement en tant que tel d'ailleurs, c'est une idée reçue de bien des personnes vis à vis des personnes abolitionnistes carcéraux, genre on veut plus de justice, plus de mesures d'éloignement, etc.

Perso je pense qu'il y a divers courants dans ce milieu d'abolitionnisme carcéral, bien qu'il soit encore très confidentiel en France, je sais juste que je n'adhère pas a ceux qui occultent les rapports de race dans leur analyses et luttes politiques. Puis il y a la position spécifique de cette lutte pour moi : en tant que non incarcérée, je ne veux pas lutter à la place des personnes qui le sont, je ne peux/veux que relayer et informer, ça pousse a penser sa position d'allié-e.

Quand je suis triste à ce sujet en ce moment, je pense a ce qu'à écrit il n'y a pas longtemps João sur son compte tweeter. Il disait qu'il est fatiguant et décourageant de soutenir des luttes très minoritaires, ce qu'est l'abolitionnisme carcéral dans les milieux féministes, et qu'on a souvent envie de jeter l'éponge, mais qu'un jour peut-être, cette lutte sera audible politiquement, car les choses évoluent en politique, des sujets minoritaires sur une temporalité donnée peuvent devenir plus à propos longtemps après. Je le souhaite de tout coeur à ce sujet. À défaut de combattre publiquement mes idées, je peux clairement dire que suis féministe ET abolitionniste carcéral. Je précise que j'ai pas envie de discussions en commentaires du genre "Que proposer alors ? Comment faire pour les auteurs de crimes sexuels, etc ?". Il est drôle que ces questions ne surgissent que pour contredire une personne affirmant une position abolitionniste carcéral et pas parce-que vous vous la posez spontanément. Perso c'est une nécessité pour moi de me poser ces questions et de prendre position politiquement à ce sujet. Je ne peux pas être consciente politiquement, lutter contre toutes formes d'injustices sociales, être proche de détenu et ne pas penser ces questions, je ne peux pas me le permettre, c'est tout.

18 juin 2016

Réflexions autour du fait d'apprendre a s'aimer.

J'admets qu'il est de plus malaisant pour moi de lire ici ou là des injonctions a s'aimer.

Ne pas s'aimer peut être le point de départ d'une conscience de sa souffrance personnelle, puis d'une conscience politique, qui peut amener a un engagement personnel pour prendre son existence en main et/ou d'un engagement politique. Certaines personnes s'engagent personnellement et politiquement sur ce constat et sur cette souffrance, justement. Ne pas s'aimer peut donc être une lance de fer, ce n'est pas uniquement que douleur et souffrance, cela dépend aussi des contextes dans lesquels ces souffrances s'inscrivent. En fait les personnes qui ne s'aiment pas sont souvent très déshumanisées, puisqu'on les pense en souffrance permanente et on leur enlève toute la palette de sentiments complexes qu'elles ressentent aussi. Apprendre a s'aimer demande en outre du temps disponible, de l'énergie physique et/ou psychique, de la volonté propre, des encouragements extérieurs, parfois un suivi et un accompagnement psychologique/psychiatrique/médical. Apprendre a s'aimer nécessite selon les personnes de franchir entre 1 et 1000 obstacles pour y arriver. Ça va pas de soi du tout, et il ne suffit pas de le décréter et d'en faire un fer de lance politique pour qu'un déclic se fasse dans les têtes. Ce n'est pas non plus, je pense, un point de départ indispensable dans les luttes politiques. On peut lutter personnellement et/ou politiquement tout en ne s'aimant pas soi-même, ce n'est pas antinomique. Et penser le contraire c'est invalider d'office les personnes qui ne s'aiment pas car elles n'auraient pas accompli ce travail sur elles au préalable. Si une personne ne s'aime pas et lutte/souhaite mener ses luttes perso&politiques a nos côtés, nous devons nous montrer disponible pour elle et/ou la soutenir. Pas exiger d'elle qu'elle s'aime avant de la soutenir, de l'accepter a nos côtés personnellement & politiquement. On est souvent embrassés, gênés quais une personne nous dit qu'elle se déteste (moi y compris), on se sent souvent démunis, alors par acquis de conscience ou pour éviter la culpabilité, on va juste lui dire qu'elle ment, est trop dure envers elle-même, lui dire combien elle est belle. Sauf que cette réaction, est, je pense, centrée sur nos propre ressentiments, pas sur celle de la personne en face. C'est assez égoïste en fait. S'aimer n'est pas non plus, je pense, une fin en soi a tout prix. S'aimer fait bien moins souffrir, entre autres choses, évidemment, mais partir du principe qu'on peut tous s'aimer au final est problématique. Penser que s'aimer c'est forcément réussir dans son existence, mener tout ses projets à bien, c'est, je pense, assez illusoire et c'est occulter completement que s'aimer n'est pas une immunité aux oppressions qu'on subit toujours, sans nier la force que ça peut être, évidemment. Et c'est aussi penser qu'un changement dans nos existences ne peut venir que d'un changement propre qui consisterait a s'aimer pour affronter son existence, et pas, aussi d'un changement collectif, qu'on s'aime personnellement ou pas. Et ça ne dit pas d'ailleurs qu'il n'y aura pas de périodes de rechutes à l'avenir. Et je constate souvent qu'au lieu de proposer des solutions concrètes pour y arriver, pour apprendre a s'aimer, on en est souvent a des formes d'injonctions, plus ou moins implicites, qui non sans aider la personne a s'aimer, la pousse a se mettre la pression pour y arriver, quitte a y laisser des plumes. Je pense qu'au final, je voudrais lire plus souvent qu'on est valables dans nos identités et au sein de nos milieux d'appartenance politiques même si on ne s'aime pas, plutôt qu'on est tous beaux-belles, même si on y arrive pas forcément/le pense pas forcément.

18 octobre 2015

Qu'on ne nous dise plus que nous sommes soumises

Il y a quelques jours, au téléphone. J'appelais ma mère pour prendre des nouvelles de ma famille, et en particulier de mon fils qui était là-bas depuis quelques jours, et pour lui annoncer que son père voulait qu'il revienne à la maison. Sa réponse, agacée et dure, ne s'est pas fait attendre. -“Puisque son père veut le récupérer, il n'y a pas de problèmes, je demanderai a ton grand frère de nous ramener chez toi. Mais saches que tu ne devrais pas te laisser faire et le laisser avoir le dernier mot. Qu'il veuille récupérer son enfant est une chose qui est normal, qu'il te le laisse continuellement lui et sa sœur a ta seule charge, est autre chose. Je t'ai proposé de le prendre quelques jours et tu as accepté, ceci pour que tu te décharges un peu au quotidien de ton rôle de mère au foyer, que tu souffles, lui ne peut pas comprendre de toute manière, c'est bien un homme de chez nous”. Maman, je te fais grandement confiance pour t'occuper de mon fils quelques jours, ai-je pensé juste après sa reponse, sans avoir eu le courage de le lui dire. Je ne lui ai pas dit non plus que mon fils de deux ans passés me manquait aussi, et qu'après quatre jours loin de moi, j'étais heureuse de le retrouver, même s'il devait rester un ou deux jours de plus. Mais sans contexte, comme elle l'a dit, j'ai pu vraiment souffler et mieux m'occuper de ma fille durant ce laps de temps, et avoir vraiment du temps pour moi seule lorsqu'elle était à l'école. Tout cela était fort appréciable, je dois l'admettre, d'autant que je ne lui confie pas plusieurs jours très souvent non plus, a peu près tout les deux ou trois mois, tout au plus. Aussi longtemps que je me souviens de tout ce que j'ai pu entendre de la part de ma mère me dérouler de ses épisodes tantôt tendus, tantôt douloureux de sa vie de couple avec mon père, je n'ai jamais entendu dire, ni sous-entendre de sa part qu'elle était soumise a mon père. Aussi longtemps que j'ai pu la voir se disputer avec lui, elle, toujours ferme mais constante dans sa défense, lui, emporté et vigoureux dans ses attaques et ses menaces, jamais je l'ai vu baisser la tête face a lui. Et pourtant je sais que c'est déjà arrivé plus d'une fois en dehors de notre présence, je sais aussi qu'il l'a déjà frappé plus d'une fois par le passé, notamment au début de leur mariage. Je sais qu'elle vit avec un homme guinéen qui a reçu une éducation découlant d'une culture traditionnelle d'Afrique de l'Ouest très patriarcale, où il se définit lui-même comme dominant au sein du couple et agit en ce sens envers elle. Que ma mère, originaire de Guinée Conakry elle aussi, a intégré ces schémas, le rôle qu'on lui a assigné en tant que femme, les attentes ou injonctions qui vont avec, et qu'elle a, sur certains points, transmis cette éducation a ses propres enfants selon leur genre. Mais le fait est que son regard sur les hommes de notre famille et de notre communauté est très dur. Et c'est une position que j'observe chez beaucoup de femmes de ma famille, et plus globalement de ma communauté. Ma mère me répète a chaque occasion qui se présente, que je me dois, selon elle, en tant que femme, et surtout épouse et mère de famille, de rester vigilante face aux hommes, de mon conjoint évidemment, de ne jamais le laisser me marcher sur les pieds, de chercher a travailler, a m'émanciper financement au moins. Les nombreuses stratagèmes mises en place par ma mère et les femmes de ma communauté pour résister a ce patriarcat spécifique se font entre elles. Coups de téléphone entre femmes pour se soutenir mutuellement en cas de coups durs, mise en place de cotisations mensuelles entre femmes afin de mettre de l'argent de côté - argent récupéré dans son intégralité tout les mois par une de contributrices a tour de rôle, système de cotisation dont les hommes sont totalement exclus et qui acceptent cet état de fait par tradition, moyens mises en place au niveau de la contraception pour espacer les naissances a l'abri du regard et de l'avis du conjoint - parfois c'est tacite, parfois a leur insu, travail salarié, souvent a temps partiel, souvent précaire aussi, afin d'assurer un revenu supplémentaire au sein du foyer, et ce, sans attendre un quelconque aval du conjoint, qui dans les faits, chez nous en tout cas, n'empêchent pas leurs épouses de travailler, recherche d'aide étatique ou associative de type restos du coeur, secours populaire, etc et j'en passe. On est loin d'une image figée sur papier glacé de soumission de ces femmes où elles ne feraient rien pour alléger le poids de la culture d'origine, patriarcale qu'elle subissent principalement dans leur foyer. Où elles ne feraient rien pour améliorer leur quotidien, leur indépendance financière et matérielle. C'est pas pour autant que je nie les individualités plus durs, et les réalités constantes, le fait que la violence conjugale par ex est légitimé chez nous par un discours violent pro-hommes, les contrôles parfois rudes qu'exercent ces derniers sur les corps des femmes, notamment concernant la sexualité, le fait que la gestion de la maisonnée pèse principalement sur les femmes, etc. Ce que bien des personnes aiment tant appeller du “relativisme culturel” - qui souvent justifie leur racisme, même latent sous couvert de bonnes intentions, est pour moi une vision plus intérieure d'une oppression dont les oppressées tentent à leur échelle et à leur manière de lutter contre, un regard plus nuancé donc, que les personnes extérieures n'ont pas, car elles ont une vision très partielle des choses, d'une culture et de mécanismes qu'elles ne connaissent pas en réalité. La société majoritairement blanche où vivent un certain nombre de ces femmes aujourd'hui les désigne constamment comme étant soumises a leur conjoint, a leur culture d'origine. Celles vivant en France, mais aussi celles vivant ailleurs dans le monde, via une image unique qui sont fait d'elles. Toutes ces femmes et mères racisées originaire du continent africain, des caraïbes, et d'autres régions du monde - car je constate que la désignation d'une soumission et de passivité conjugale est caractéristique de ce regard raciste que subissent les femmes racisées, quelque soit la région du monde d'où elle seraient originaires et vient avec une situation sociale de vie de couple et surtout la naissance d'enfants -immigrées ou de la seconde génération née ici ayant reproduit le même schéma patriarcal, pour beaucoup musulmanes, voilées ou non, chrétiennes, mais pas seulement, malgré la diversité de leurs parcours personnels, malgré le fait que le patriarcat s'exerce plus ou moins fortement selon la région du monde d'où elles sont originaires, on les essentialise dans une forme de soumission figée et constante. Cette essentialisation, en plus d'être raciste, est une offense a leur combat quotidien, a leur manière de résister seules, ou en groupes de femmes, a ce patriarcat qu'elles subissent plus ou moins durement. C'est les déshumaniser, leur ôter toute capacité de réflexion et de prise d'initiatives. C'est notifier qu'elles n'existent pas pour elles-mêmes mais n'existent que pour être sauvées par autrui. C'est nier qu'elles sont originaires de sociétés où l'entraide familiale, surtout entre femmes, a une place centrale, et est assez a l'inverse d'une société individualiste, ce qui leur permet de pouvoir partager leur expériences entre elles et s'organiser, prendre des initiatives. C'est aussi penser que ces problématiques sont toujours ailleurs et jamais chez soi. Qu'on ne dise plus qu'elles sont de fait soumises, alors que la plupart d'entre elles ont compris l'oppression patriarcale spécifique a leur culture d'origine qui pèse sur elles et dont elles tentent de lutter contre, seules ou en groupes de femmes, ici ou ailleurs dans le monde. Qu'on ne dise plus qu'elles sont soumises. Vous les déshumanisez ainsi, niez leur existence même. Qu'on ne me dise plus que je suis soumise, moi qui suis dans une situation personnelle similaire a toutes ces femmes, car c'est écraser d'un coup de pied violent toutes les réponses que je peux faire ou tenter de faire, a mes risques et périls, contre ce patriarcat spécifique à ma culture d'origine, dont mon conjoint et ma famille est fortement imprégné, et qui m'etouffe aujourd'hui. Je la vis cette contrainte, constante, je n'ai pas besoin qu'on me dise ce que je sais déjà, surtout d'une personne totalement extérieure a ma culture d'origine. Je n'ai pas vraiment besoin qu'on m'enseigne ce que je tente déjà de faire. Je préfère qu'on me tende une main ouverte, sincère, qu'on se propose être là si besoin sans se censurer de parler de ses propres soucis en ma présence, et même si je sais pertinemment que je pourrais difficilement faire appel a une personne extérieure pour me soutenir sur le moment, un soutien m'est toujours bienvenu. Qu'on ne nous dise plus que nous sommes soumises.
18 octobre 2015

Prendre soin de soi ?

Je ne veux plus prendre soin de moi, là, maintenant, et je vais expliquer mon ressenti très personnel à ce sujet. Ce texte étant un texte qui va de pair avec une humeur maussade au moment où je l'écrit, ceci peut expliquer le fond morne du ton, et mon avis sur la question peut se réajuster demain matin, mes émotions étant très fluctuants en ce moment, étant engluée dans une sorte de fébrilité émotionnelle. Cela ne m'empêche pas d'écrire ce billet et de préciser qu'il représente un ressenti assez présent dans la durée, donc qui est assez indépendant de mon état d'esprit actuel. Et de préciser qu'il n'est pas adressé personnellement a quiconque, je m'en excuse d'avance si cela est pris personnellement. Je tiens trop a mes relations affectives, familiales, amicales et extra-amicales, pour risquer de heurter une personne que j'estime. Ceci étant dit, je continue.


J'ai de plus en plus de mal avec les conseils a prendre soin de soi, bienveillants dans l'intention dans la plupart des cas, car dit par une personne pour qui on compte, mais qui deviennent des injonctions lorsqu'ils sont répétés a l'envi par l'entourage familial et amical, et aussi admis par les normes sociales. Ces injonctions a se replier sur soi-même en cas de soucis personnels, de se recentrer sur ses besoins, s'écouter, le tout, dans une démarche solitaire. Est-ce dont j'ai vraiment besoin là maintenant à titre personnel ? Oui et non. Je pense beaucoup aux besoins des autres, et pas assez a mes propres besoins, c'est indéniable. Mais après réflexion, je pense que ce dont j'ai besoin ce n'est pas tant d'un simple recentrage sur moi-même, qu'une réciprocité dans ce processus, donc au final, qu'on m'y aide, ou qu'on prenne aussi soin de moi. Et cela n'a pas été évident a admettre car exposer une dépendance - même temporaire - vis à vis d'autrui, donc admettre ne pas arriver a s'en sortir seul-e, peut être perçu, par soi-même comme honteux car c'est admettre un état de faiblesse. Et mal interprété par les autres, qui verront là un besoin purement égoïste d'attention, et une négation des besoins des autres, au profit de ses propre besoins. Je pense que c'est la raison pour laquelle beaucoup de personnes n'osent pas demander de l'aide, a cause de cette peur d'être perçues comme faibles et égoïstes .


Il est évident qu'on peut pas savoir ce dont une personne fragile émotionnellement et/ou matériellement a besoin comme par magie, certes, mais dans ce cas, pourquoi ne pas demander a la personne ce dont elle a besoin, ou se tenir - s'il vous en avez les ressources propres bien évidemment, a sa disposition, qu'elle aie une béquille sur qui s'appuyer lorsqu'elle en ressentira le besoin ? Dans ma tête, lire ce conseil après avoir explicité que je suis dans une situation matérielle délicate ou que je suis dans une fragilité émotionnelle, sonne sur ce ton : "ah, tu vas mal, j'en suis désolée et triste pour toi. Mais occupes toi de toi, ça ira mieux, tu verras". Ah d'accord. Ce conseil peut tout a fait se tenir, sauf si on oublie qu'il est hélas, courant de s'engouffrer dans un processus d'auto-dénigrement, d'auto-détestation lorsqu'on est fragile émotionnellement et/ou matériellement, et que du coup, se replier sur soi, ça peut être s'attacher durablement sur ses propres chaînes, et ne pas se libérer de ces chaînes, bien loin de l'intention de départ.
Pour ma part, j'ai récemment fait des choses pour moi et qui m'ont aidée concrètement a reprendre confiance en moi sur le moment : j'ai par ex, il y a quelques jours, refait mes placards avec des vêtements qui correspondent bien mieux a ma personnalité et a mes goûts, et jeté la quasi totalité de mes anciens vêtements que j'avais depuis des années et que je mettais chaque jour machinalement, avec parfois une sensation d'imposture tellement l'image de moi devant le miroir me dépitait. J'ai donc acheté de nouveaux habits a une friperie Emmaüs, donc a un prix dérisoire certes, mais j'y ai quand même dépensé une cinquantaine d'euros, car j'ai acheté une dizaine de pièces au final. Et si je n'avais pas eu cet argent de côté, concrètement, comment aurais-je fait ? J'aurais été enthousiaste a l'idée de me faire plaisir, et de surcroît suivre des conseils qui m'ont été donnés par des personnes que j'aime, jusqu'à m'apercevoir que je n'en ai pas les moyens financiers et/ou matériels. Mais au delà de ça, bien que j'ai fait des choses pour moi et qui m'ont fait du bien au moral sur le moment, mon état d'esprit de fond n'a pas évolué, car un changement durable de ma personnalité qui est basée sur une faible estime de moi, et mon incapacité a exprimer mes besoins, construits depuis l'enfance ne vont pas se défaire avec du seul recentrage sur moi, pas de ce que je peux en constater.


D'un point de vue plus politique - bien que nos vies privées soient pour certain-e-s d'entre nous politiques - les oppressions systémiques qu'on subit et qui affecte plus ou moins violemment nos existences non plus ne vont pas disparaître avec des injonctions a se replier chacun-e pour soi, c'est évident. C'est pas pour autant que je ne pense pas qu'on ait pour beaucoup d'entre nous, besoin a intervalles plus ou moins réguliers, de moments de solitude, je parle bien de ce conseil donné comme solution resorbative de problèmes bien plus complexes, qui se jouent entre nos vécus personnels et notre place dans la société. On oublie aussi un peu vite que prendre soin de soi demande de surcroît des moyens financiers (se faire plaisir dans une société marchande où bien des loisirs ont un coût, ça a un coût justement), mais aussi émotionnels (réussir a mettre ses soucis de côté et être disposé-e a prendre soin de soi), matériels (qui va garder les enfants, s'il y en a, pour que dégager du temps pour soi ? Si on vit dans une petite ville sans moyens de transport, comment faire ? Si le travail professionnel prend beaucoup de temps, comment s'en dégager ? Etc), sans oublier les personnes neuroatypiques, ou en situation de handicap, et toute oppression vécu qui affecte plus ou moins matériellement l'existence de la personne, l'image qu'elle a d'elle-même car conditionnée par celle que la société lui renvoie d'elle-même, et les interactions sociales qui en découlent. Aller se promener, prendre un bain de soleil, regarder un bon film a la TV ou sur l'ordinateur, en théorie tout cela ne coûte quasiment rien et ne demande pas une énergie monstre, mais pourquoi partir du principe qu'on a tou-te-s les ressources émotionnels pour entamer ces initiatives et en prime, en retirer des bénéfices personnels ?


Ce que je constate aussi, c'est que demander de l'aide, affirmer avoir des besoins affectifs - temporaires ou permanents - importants ou avoir une dépendance émotionnelle a autrui peut être vécu comme gênant, voire honteux dans notre société. Il est sans dire qu'il peut être destructeur pour sa personne d'avoir une hyper-dépendance à autrui et/ou une tendance sacrificielle dans le don de soi vis à vis d'autrui, et amener ainsi a une fragilité psychologique et/ou matérielle, je ne le nie pas une seule seconde, et je ne veux pas invalider des vécus traumatiques a ce sujet ; ni celui des personnes se situant dans le spectre de l'asocialité et qui ont un réel besoin de recentrage - continuel ou non - sur elles-mêmes pour être épanouies et ne supportent pas les injonctions constantes a s'ouvrir aux autres. Mais si on contextualise par rapport a la société où on vit, le fait est que concrètement, on vit dans une société individualiste, qui nous pousse très tôt a une performativite dans l'indépendance, valorise la capacité a rebondir personnellement en toute circonstances, et a toujours donner le meilleur de soi-même, aussi. Toute personne qui sort de ce schéma sera perçu comme faible et fragile, mais aussi égoïste - ces traits de personnalité ainsi attribués négativement étant perçus comme des défauts qu'il faut corriger. Et je pense que c'est cette sociabilisation dans cette société qui explique nos attitudes récurrentes face a une personne dans le besoin, qui ressortent lorsqu'on conseille aux personnes en situation de fragilité de se recentrer sur eux-mêmes en première intention, souvent, et même sous couvert de bonnes intentions. Qui explique pourquoi il est parfois honteux de demander de l'aide et qu'une personne fragile va elle-même se persuader dans un premier temps, qu'elle peut y arriver seule. Qui explique pourquoi on peut juger négativement les personnes qui demandent de l'aide, en pensant qu'elles seraient en fait égoïstes, et ne regarderaient pas assez ce qu'il y a de pire ou de similaire ailleurs, pour en prendre exemple et avancer - car d'autres l'ont fait avant elles ou d'autres sont dans une situation pire sans demander de l'aide. Je pense que même en étant militant-e-s et en processus de déconstruction de ce que la société nous a inculqués, on est pas a l'abri de ce genre de mécanismes, parfois dans le sens inverse. Dans certains cas, il peut par ex s'en suivre une déshumanisation de la personne qui a besoin d'aide, qu'on ôte de son libre-arbitre, qu'on infantilise, et au final, lui imposer notre aide. L'équilibre est, je pense, plus difficile a trouver qu'il n'y parait.


Je ne souhaite pas donner de leçons a quiconque par ce billet, et je ne peux qu'imaginer la complexité et la multiplicité des vécus sur la question des relations a autrui, mais tout ce que je veux en couchant a l'écrit, mon ressenti sur cette question, c'est qu'on réfléchisse ensemble, ou du moins lire des retours d'autres personnes, sur cette question du prendre soin de soi, et qu'on ne colle plus aux autres des besoins sans les avoir écoutés avant. Si je dis demain que j'ai besoin de solitude, je ne souhaite pas que ce besoin clairement exprimé soit invalidé sur le moment parce-que j'explique ici la veille, que ce n'est pas ce dont j'ai uniquement besoin pour sortir de ma fragilité émotionnelle et matérielle. Je serai plutôt pour le fait de demander ce dont la personne fragile a besoin, et/ou qu'on écoute ce qu'elle a à dire, et qu'on exprime, parallèlement, sa disponibilité, si cela est possible, sans s'imposer non plus dans ce processus. C'est compliqué, mais selon moi, y penser a tout ça, c'est déjà aider autrui, non ?

 

Publicité
Blog de réflexions personnelles&politiques.
Publicité
Archives
Publicité